Carnet de Route n°2

Carnet de Route N°2 – Page 20

Retour à la Campagne de Serbie

15 Mars – Je monte aux pièces pour remplacer continuellement le logis aux tranchées – Temps de neige pénible.

17 Mars – Les Bulgares bombardent soudain violemment nos tranchées – Nous tirons en barrage – Il fait froid – L’ennemi a été aperçu, il est nombreux et semble méditer une attaque – Ordre de veiller, de faire nos sacs, et de nous tenir prêts – Une pièce tire toute la nuit en barrage –

18 Mars – Journée extraordinairement calme – Soleil – Le Bulgare craignait notre attaque c’est ce qui a motifié sa diversion d’hier –

J’apprends par le Salut la mort de Jallade – tué vers Monastir –

26 Mars – Ô ces jours de pluie nostalgique qui vous font entrer dans le cœur une tristesse poignante un regret infini une souffrance morale qui devient presque physique – Je lis, je feuillette quelques pages sans pouvoir entraindre mon esprit à l’oubli par la lecture. Je suis dans la petite cagna de ma pièce, du ciel gris pleure tout doucement de l’ennui, la pluie tapote sur la terre avec son petit bruit de tambour léger et je souffre en rêvant.

Mes camarades sont silencieux et coulent sans doute obscurément les mêmes pensées. C’est calme partout, pourquoi est-ce calme, pourquoi suis-je ici participant à une guerre bête loin de la France, loin de Tous les miens – Je dérive  à ces heures là de toutes mes forces, le combat, la bataille, l’avance ou le recul quelque chose enfin qui chasse l’énorme ennui du « mal du Pays ».

Je feuillette mon livre, ma pensée vagabonde et je contemple distraitement des dessins de Roussel. Dans toutes ces poses de personnages dans leurs lignes dans leurs physionomies estampées à peine je retrouve des poses des lignes des physionomies connues – une femme accoudée distraitement sur un balcon me rappelle avec une vérité extraordinaire ma jolie brunette d’antan – Ô imagination depuis deux ans ½ déjà j’ai quitté mon cher Lyon, et je ne puis rien oublier. certains souvenirs sont si doux à mon cœur – Je feuillette mon livre et des femmes aimées dansent devant mes yeux.

27 Avril – Il me faut un effort de volonté pour noter ces lignes – il fait un temps abominable : neige et froid – je suis au Point O2 – auprès du Capn Clamens – Nous avons quitté la Cloche le 9 Avril – Etape de nuit par une pluie diluvienne – Nous mettons en batterie au S.O. du Skra di Legen que nous allons attaquer (58e Rgt – 58e Bon chasseurs – 84e et 284e)

– Le tir est à 1900m – Le 10/4 je monte au point O – L’attaque traîne. Le Bulgare met des écriteaux : « N’attaquez-pas nous serons bientôt vos alliés » – Grosse malice.

Depuis 8 jours temps abominable – je suis avec Michel (Moirans) sous la toile percée qui filtre la neige fondue – On se fait petits –

30 Avril – Je suis désigné avec le Logis Budillon, les signaleurs Lanfre, Brocard, Colonna et Oliva – pour assurer la liaison de l’Infanterie (Bon Casterra du 284e) avec ma batterie – Nous devons suivre immédiatement la vague d’assaut – les objectifs sont le Seuil, le Bastion du Seuil et le Tumulus – (attaque de grande envergure – Serbes et Anglais)

2/4 Avril [Mai, ndlr] : Nous montons au P.O ns exercer avec simulacre d’assaut

– Le Skra di Legen, montagne très aride, ne me dit rien qui vaille.

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