Carnet de Route n°2

Carnet de Route N°2 – Page 22

Retour à la Campagne de Serbie

6 Août – Nous quittons la 3ème Bie à 7h du soir – J’ai juste le temps de faire coudre mes galons de Margis13 – Nous prenons le camion à 1h du matin à l’Arbre-Noir et arrivons à 4h à Gumentze – on prend le train à 6h du matin pour arriver à la Gare des Orientaux à 12h – Nous gagnons le Dépôt Intermédiaire à pied par 60° au soleil –

8 Août – A 6h du soir nous montons dans le train pour Bralo – Nous longeons la mer – c’est vraiment un spectacle frai et joli que ces immenses prairies puis ces gorges étroites – Nous passons à Larissa, ville turque quelconque – baraques en torchis et blancs minarets – affreuses pleines parmes ou noircies par le feu – A Derkaï la voie devient extraordinaire, on longe de continuels abîmes (ouvrages d’art, tunnels sur viaducs tous les 3/400 m).

Nous arrivons à Bralo à 10h le 9 août – après 27h en wagons à bestiaux – 52 dans le même wagon –

10 Août – A 13h nous montons dans les camions – Route de montagne unique – Nous passons à Amphisséa et près de Delphes je crois – et arrivons à Itéa – à 5h – Une mer d’oliviers –

13 Août – Itéa, joli petit port, bains de mer, raisins, pastèques et poissons –

Nous embarquons sur le « Châteaurenault14 » qui lève l’ancre à 11h. Nous traversons le canal de Corinthe en passant devant Patras, Lépante etc … que c’est modeste ces villes antiques – rives très montagneuses et désertes – Arrive à Tarente à 11h soit 24h –

Traversée de l’Italie par Foggia, Caserta, Grossetto, Livourne (arrêt 24h dîner de famine un jour sans viande), Pise, Gênes, Vintimille, Marseille –

De Pise à Gênes nous soulevons un délire d’enthousiasme – c’est indescriptible –

Les femmes toutes de blanc habillées nous offres des fleurs, envoient des baisers – Nous en sommes fous – Notre train est décoré de verdure – Je me souviendrai toujours de cette réception qui nous mit des larmes aux yeux –

18 Août – La France à 7h1/2 du matin à Menton Garavan.

FIN

[Tampon sur deux pages vierges en milieu de carnet : « *1er ARTe de Mgne – GROUPE des BATTERIES […] * LE COMMANDANT *]

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Carnet de Route N°2 – Page 21

Retour à la Campagne de Serbie

20 Mai – Je reprends mes souvenirs de l’attaque – les faits vécus me semblent maintenant brumeux et vagues – Le 6 Mai nous rejoignons les 1ères lignes vers A-10 et aidons à régler quelques tirs de destruction – jusqu’au 9 la préparation dure –

Le 10 Mai à 2h du matin nous partons avec les vagues – Nous montons avec le Cdt Casterra par le ravin du 84 – à 4h30 ça se déclenche – depuis cette heure je n’ai plus qu’une impression d’explosions, de grêles d’éclats, d’ordres et de renseignements transmis par téléphone ou par fanion, de blessés français ou bulgares

[Nous restons au sommet du ravin de A 11 – au pied de la croupe du Skra –]

qui geignent et qu’on transporte sur des brancards ou dans des toiles de tente – Dumoulin est blessé à côté de moi, je le panse moi-même –

Notre ligne téléphonique est cassée plus de 20 fois dans la journée. Notre équipe est vraiment épatante – Nous apprenons à 7h la prise du Skra par le 1er Bon du 84 – Une heure après contre-attaque, pluie de minenwerfers12 énormes, et mitrailleuses boches – nous reculons avec grosses pertes et ne pouvons nous maintenir que sur les pentes à 500/600m du sommet –

La montagne n’a aucune perte, l’équipe de 75 – sur 5 reviennent 2 –

Jusqu’au lendemain 11/5 nous restons sous abris sous une pluie d’obus – 12 Mai calme relatif. 13 Mai Marmitage –

Je quitte la 1ère ligne vers le 16 – il y a 8 jours que je n’ai rien mangé de chaud.

– Que le métier de fantassin vu de près est dur –

20 Mai – Je retourne aux 1ères lignes, jours très calmes – 11 Bulgares se rendent (Bonnes Francouzes – Saloniques!!)

Chanieln13 est noyé en allant en France, c’est lui qui devait venir au Skra –

– Comme la destinée est bizarre.

30 Mai – La Bie reveint à sa position de la Cloche – Je rentre à l’échelon et nous retrouvons nos cagnas du Kotza-Dere.

Sur plusieurs endroits du front d’Orient nous avons attaqué – et n’avons réussi à aucun endroit.

1er Juillet – Notre existence s’écoule calme et monotone – La tension d’antipathie qui existe entre le Ct et notre capitaine nous vaut un service très rigoureux – Le front est calme – Constantin a été détrôné, la Grèce entière va se mettre avec nous –

Un bombardement violent à 800m de nous fait éclater un dépôt de munitions du 155 – 3 tués 3 blessés – La terre en a tremblé –

Pas de courrier régulier depuis le 15 Mai –

4 Juillet – Au soir je viens à la bie de tir –

1er Août – Les permissions ont recommencé grand train cette fois – Je suis sur la 1ère liste. Joie, joie, départ avant le 15 Août sans doute – Revoir Lyon, fouler un trottoir, aller par des rues encombrées de tramways, voir de jolies toilettes féminines, causer à des types qui soient Français sans avoir un uniforme sur le dos : plaisir des yeux – Retrouver les miens, mon foyer, mes amis – plaisir du cœur –

On passe par Athènes Larissa Santé Quaranta Tarente etc –

C’est calme, temps très chaud, les cigales chantent de toute leur petite âme de cigales.

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Carnet de Route N°2 – Page 20

Retour à la Campagne de Serbie

15 Mars – Je monte aux pièces pour remplacer continuellement le logis aux tranchées – Temps de neige pénible.

17 Mars – Les Bulgares bombardent soudain violemment nos tranchées – Nous tirons en barrage – Il fait froid – L’ennemi a été aperçu, il est nombreux et semble méditer une attaque – Ordre de veiller, de faire nos sacs, et de nous tenir prêts – Une pièce tire toute la nuit en barrage –

18 Mars – Journée extraordinairement calme – Soleil – Le Bulgare craignait notre attaque c’est ce qui a motifié sa diversion d’hier –

J’apprends par le Salut la mort de Jallade – tué vers Monastir –

26 Mars – Ô ces jours de pluie nostalgique qui vous font entrer dans le cœur une tristesse poignante un regret infini une souffrance morale qui devient presque physique – Je lis, je feuillette quelques pages sans pouvoir entraindre mon esprit à l’oubli par la lecture. Je suis dans la petite cagna de ma pièce, du ciel gris pleure tout doucement de l’ennui, la pluie tapote sur la terre avec son petit bruit de tambour léger et je souffre en rêvant.

Mes camarades sont silencieux et coulent sans doute obscurément les mêmes pensées. C’est calme partout, pourquoi est-ce calme, pourquoi suis-je ici participant à une guerre bête loin de la France, loin de Tous les miens – Je dérive  à ces heures là de toutes mes forces, le combat, la bataille, l’avance ou le recul quelque chose enfin qui chasse l’énorme ennui du « mal du Pays ».

Je feuillette mon livre, ma pensée vagabonde et je contemple distraitement des dessins de Roussel. Dans toutes ces poses de personnages dans leurs lignes dans leurs physionomies estampées à peine je retrouve des poses des lignes des physionomies connues – une femme accoudée distraitement sur un balcon me rappelle avec une vérité extraordinaire ma jolie brunette d’antan – Ô imagination depuis deux ans ½ déjà j’ai quitté mon cher Lyon, et je ne puis rien oublier. certains souvenirs sont si doux à mon cœur – Je feuillette mon livre et des femmes aimées dansent devant mes yeux.

27 Avril – Il me faut un effort de volonté pour noter ces lignes – il fait un temps abominable : neige et froid – je suis au Point O2 – auprès du Capn Clamens – Nous avons quitté la Cloche le 9 Avril – Etape de nuit par une pluie diluvienne – Nous mettons en batterie au S.O. du Skra di Legen que nous allons attaquer (58e Rgt – 58e Bon chasseurs – 84e et 284e)

– Le tir est à 1900m – Le 10/4 je monte au point O – L’attaque traîne. Le Bulgare met des écriteaux : « N’attaquez-pas nous serons bientôt vos alliés » – Grosse malice.

Depuis 8 jours temps abominable – je suis avec Michel (Moirans) sous la toile percée qui filtre la neige fondue – On se fait petits –

30 Avril – Je suis désigné avec le Logis Budillon, les signaleurs Lanfre, Brocard, Colonna et Oliva – pour assurer la liaison de l’Infanterie (Bon Casterra du 284e) avec ma batterie – Nous devons suivre immédiatement la vague d’assaut – les objectifs sont le Seuil, le Bastion du Seuil et le Tumulus – (attaque de grande envergure – Serbes et Anglais)

2/4 Avril [Mai, ndlr] : Nous montons au P.O ns exercer avec simulacre d’assaut

– Le Skra di Legen, montagne très aride, ne me dit rien qui vaille.

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Carnet de Route N°2 – Page 19

Retour à la Campagne de Serbie

10 Mars – Rien – On s’attend pourtant à changer de place –

(Fragment de lettre) : Nous avons maintenant un moral de roc fait surtout d’indifférence – Je crois bien que vous ne vous figurez pas notre état d’âme –

On ne cause presque jamais de la guerre. Les hommes sont gais, chantent, s’amusent mais sont devenus par la force des choses d’une insensibilité féroce qui vous attristerait – Journellement nous avons des paludéens qui grelottent, vomissent et délirent avec 40/41° de fièvre.

On couche, on mange, on rit à côté d’eux car il n’y a pas d’infirmerie.

Lorsque un camarade est tué ou blessé on en parle à peine : il a disparu voilà tout – On ne peut vivre éternellement au milieu de toutes ces choses qui vous semblent terribles à vous ; qui sont devenus très ordinaires pour nous, sans acquérir cette mentalité durcie de vieux soldats, on ne peut vivre dans une atmosphère perpétuellement surchauffée de souffrances, de regrets et d’enthousiasme patriotique. Une seule chose nous a tirés de notre torpeur morale, les permissions. Je crois que nous passerions à travers le feu pour revoir la France –

[Fleurs séchée] Les Bords du Vardar

Hier, 22 avions boches, malgré un vent de tempête ont passé sur nos têtes pour aller bombarder Bohemica et Gumentze. Le spectacle était superbe – mais quelle rage de les voir et d’être impuissants – ½ heure après on entendait les bombes –

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Carnet de Route N°2 – Page 18

Retour à la Campagne de Serbie

2 Février – Ma crise d’entérite m’octroie quelque tranquillité et assis devant un brin de feu, dans notre cagna bien confortable ma foi je laisse aller un peu mon crayon pour noter ces expressions bizarres, nées de la guerre. A ma batterie, elles sont nombreuses, je les trouve cocasses, savoureuses et lapidaires. C’est une langue verte de poilus enrichie par beaucoup de locutions Turques serbes arabes. L’âme française s’y révèle narquoise, irrévérencieuse, ennemie de toute dépendance railleuse de tout, du mauvais temps comme du soleil, de la souffrance comme de la joie, des grands comme des humbles – avec je ne sais quoi de souriante philosophie –

Il pleut, il fait très chaud, la marche est dure, il n’y a rien à se mettre sous la dent etc… – On crie « Il y a la Viscope »

« Y a pas bon casser coco »

« Les troupes sont fraîches »

« C’est le régime jockey »

« Ca décalotte »

« Y a bonne guzelli »

Nous les aurons – quoi?  les totos ou les pieds gelés –

« Y a cani » –

Si les marmites tombent drues aux locutions précédentes s’ajoutent

« Des canons, des munitions – !

« Les Boches qui signent la Paix –

« Qu’est-ce qu’ils laissent tomber –

« On les aura! –

L’armée de Venizelos11, mêlée à nos divisions a été surnommée « L’armée du Salut – On ne dit plus, « pas de poulet à manger » mais « Néma coucouska »

Une demoiselle s’appelle : Vespinis

Veut-on lui faire la cour? : Mouni Ekmek, Imorta – Pain …

Vardar signifie de l’eau, et même du vin surtout le grec à cause de son baptême – « Assani » s’ajoute à tout ce qui est mauvais.

Notre 65, c’est un « pistolet » – Le Comdt s’appelle « Malin Malin » ou « Ma canne ma canne »

Je passe : gnole, barbac, toto, bricheton, camoufle, lourde, cagna, guitoune, etc. et les expressions Vosgiennes :

    Oh la fois là mon Dieu…

    Il y a bien du mal assez…

qui sont plus généralement connues.

C’est un petit monde à part qu’une batterie…

Je note en retard, les jurons arabes bien employés – Nadine bebec, Nadine ymec, Nadine oaldec, d’une traduction moins bien que séante.

10 Février – Je vais mieux, cramponne-toi mon ami! – J’apprends que Mère est sous le coup d’une grave opération – Pauvre Maman et moi si loin! –

20 Février – Mère ne sera pas opérée.

Nous avons reçu des renforts Arabes : distraction et couleur locale.

Rien de neuf sur notre front –

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Carnet de Route N°2 – Page 17

Retour à la Campagne de Serbie

23 Novembre – Nous apprenons la mort de François Joseph – ce qui ne changera rien à la situation.

Lorsque je relirai ce carnet plus tard, je le trouverai sans doute fade – Cela vient de ce que notre vie depuis quelques mois est assez monotone et que les faits qui me frappaient il y a un an ne m’étonnent plus du tout – Bombardements, marches de jour, de nuit, ravitaillements tout cela est devenu trop usuel.

Je monte tous les 5/6 jours comme chef de pièce à la Bie. c’est peut-être la seule chose nouvelle que j’ai accomplie –

Mon moral est assez bon mais il est fait surtout d’indifférence et de philosophie. La bonne camaraderie de la Batterie et son activité me  maintiendront longtemps dans cet état – Ma santé est moins bonne. L’entérite qui n’a pas cessé de ma tracasser depuis Août, me fatigue de plus en plus.

La rêverie et la solitude sont rares.

Je pense quelquefois à l’avenir.

Mes parents, je le devine dans leurs lettres tracent quelques plans et font des projets de mariage ; projets qui ne se réaliseront peut-être pas mais qui ne me déplaisent pas.

Pourquoi cependant ne m’écrit-Elle pas plus souvent?

Sirand m’a fait des propositions, c’est un pas vers le civil – et une assurance que je trouverai vite, chez lui, ou ailleurs une situation.

– Tout cela est encore des châteaux en Espagne – La Mort est tout autour de nous –

S’il est écrit que je meurs en Terre de Macédoine ; je prie mes chers parents de croire que je périrai sans désespérances et en vaillant –

Que ma pensée ira vers eux et que mon grand regret sera de ne pas les assister et les réconforter de mon affection pendant leur vieillesse –

Papa et Maman, vous prierez bien pour votre fils mais vous ne le  plaindrez pas trop – J’aurai bien eu déjà ma part de joies et j’éviterai peut-être ainsi de sombres jours –

Puis comme tant d’autres je serai un Mort pour la Patrie et après tout c’est une belle mort –

L’habitude de la Destruction nous a rendus si familiers avec la Faucheuse

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4 Décembre – Nous avons la pluie depuis 8 jours – Une pluie fine qui ruisselle lentement. Les ravitaillements sont extrêmement pénibles par la frontière qui sert de piste.

– Je crois que la Grèce entre en guerre contre nous – tant pis pour elle.

11 Décembre – Enfin un rayon de soleil! Nous avons vécu tous ces jours sous une pluie diluvienne – Ravitaillements à prendre à Gumentze à dos de mulets promenades des mulets – Nous sommes restés 5/6 jours absolument trempés.

Le fourrier Janet, en essayant de traverser le ruisseau devenu torrent disparaît, lui et son cheval –

On retrouve un bout de son manteau. C’est tout – 3 jours après on retrouve son corps près d’Izvor, mais dans quel état.

25 Décembre – C’est mon troisième Noël de guerre – Nous le passons sous une tente assez confortable, inaugurée la veille – Nous avons pu faire un petit poêle avec des boites de conserves – Ce brin de feu est le meilleur de notre réveillon –

30 Décembre – La situation de notre front est toujours la même, depuis une quinzaine nous jouissons d’un temps très doux ; les nuits sont d’une pureté merveilleuse –

Je suis très fatigué par l’entérite et depuis 12 jours ne peux assurer mon service –

Nous avons quelques craintes d’une attaque de Mackensen10 à grande envergure rendue probable par la défaite roumaine.

15 Janvier – Rien de nouveau.

Nous travaillons à monter une cagna.

– La canonnade est journalière, très vive surtout vers les Anglais –

25 Janvier – Il neige abondamment. Je souffre de nouveau beaucoup de l’entérite –

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Carnet de Route N°2 – Page 16

Retour à la Campagne de Serbie

20 Octobre – Notre secteur est toujours calme. L’artie. donne beaucoup, le Bulgare y répond faiblement – Nous continuons la construction des cagnas –

Les Alliés prennent des mesures sévères vis à vis des Grecs – Athènes est occupée. Les Roumains ont l’air de se faire battre. La situation après 2 ans ¼ de guerre est toujours aussi sombre.

On a fait de la réclame pour le nouvel emprunt jusque dans les combattants. Ca a été plutôt mal pris –

Depuis 12 jours je subis un accès de Paludisme qui m’a complètement vidé –

4 ampoules de quinine par jours et ça ne passe pas –

Et toujours couché sous la tente –

22 Octobre – La batie. a été repérée : par avion sans doute. Ballas brig. de la 2e pièce dont c’était le tour d’être à la position y a été blessé assez gravement – Un canon a été abîmé –

Je suis toujours malade et dans une extrême faiblesse –

On entend à l’Ouest un roulement puissant d’artillerie. Les Serbes doivent toujours attaquer

Le Capn. Guillotreau a été évacué pour la goutte – Il n’avait pu obtenir de permission!!

On lit aux gradés un ordre du jour de Joffre prévoyant une guerre longue, conséquence : les permissions des soldats doivent être régulièrement accordées 3 fois par an,  il faut leurs créer des distractions etc… Rien de tout cela pour nous – Je le dis en vérité, ici, nous périssons d’ennuis et de nostalgie –

28 Octobre – Mon accès de fièvre est parti comme il était venu – sans laisser de traces – J’apprends la tragique nouvelle de la mort de Joanny  Dr.

Le malheureux a été tué par un obus vers Vemandovillers (Somme) – Pauvres parents! –

30 Octobre – Il nous arrive 27 hommes de renfort – La Division est complète nous allons peut-être combattre plus activement – Ma pensée va tout le jour a mon cousin Joanny – pauvre corps perdu dans un coin de l’immense bataille –

10 Novembre – 2 ans de front accomplis!

Nous assurons des ravitaillements de jour et de nuit fort pénibles – Une action se prépare – La 2e section va se placer en avant de la Cloche, la position actuelle risquant d’être intenable

La 42e Bie a un coup dur – Vingesn12 est tué, lui le gai et débrouillard camarade! –

11 Novembre – Nous attaquons le piton Broussailleux – et prenons tout l’objectif.

7 contre-attaques bulgares sans résultat.

Au Confluent je croise 12 corps que l’on enterre : le prix de la Victoire.

19 Novembre – Nous apprenons la prise de Monastir par les Serbes, les Russes et les Français. C’est un régt de chasseurs d’Afrique qui le 1er entra dans la ville évacuée depuis 24 heures. Nous avons contribué ces jours à cette prise par notre canonnade – C’est un beau succès qui doit enflammer les Serbes –

Plusieurs batteries du 1er y participaient

– Nous ne changeons toujours pas de place – Une de nos section (2e) va un peu sur la gauche pour pouvoir mieux accomplir sa mission – La position précédente étant très repérée.

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